Une tuile faîtière se choisit dans la même gamme que les tuiles du versant, se compte au mètre linéaire de faîtage et se fixe à sec sur un closoir ventilé ou, à l'ancienne, dans un bourrelet de mortier. Ce sont ces trois décisions, le modèle, la quantité et le mode de pose, qui font qu'un faîtage reste étanche pendant des décennies ou qu'il se met à fuir au premier coup de vent.

Les huit repères qui suivent s'appuient sur les documentations de fabricants de tuiles et de closoirs. Ils servent à lire un devis et à repérer un faîtage abîmé depuis le sol, pas à monter soi-même sur le toit.

Tuile faîtière, faîtage, arêtier : le vocabulaire du sommet du toit

Le faîtage est la ligne horizontale la plus haute d'une toiture à deux pans ou plus. La tuile faîtière, ou tuile de faîtage, est l'élément qui la recouvre, posé à cheval sur le dernier rang de tuiles de chaque versant. Sur un toit à quatre pans, les lignes inclinées qui descendent des extrémités du faîtage vers les angles de la maison s'appellent les arêtiers : les fabricants vendent d'ailleurs le plus souvent une même pièce sous le nom « faîtière/arêtier », utilisable dans les deux positions.

D'autres pièces gravitent autour. Le closoir est la bande, souple ou rigide, qui ferme l'espace entre le dernier rang de tuiles et la faîtière lors d'une pose à sec. La lisse, ou bois de rehausse, est la pièce de bois fixée sur la charpente qui porte les faîtières. L'about ferme l'extrémité d'une ligne de faîtage ou d'arêtier, et la rencontre raccorde plusieurs lignes au même point, au sommet d'une croupe par exemple.

1. Le profil se décide d'après la tuile du versant

Une faîtière ne se choisit jamais seule. Sa forme, son coloris et surtout son système d'accroche doivent correspondre aux tuiles posées en plain carré, c'est-à-dire sur la surface courante du toit. La documentation 2021 d'Edilians pour ses tuiles à emboîtement petit moule associe ainsi à chaque modèle de tuile une liste précise de faîtières compatibles, avec le crochet correspondant.

Trois familles de profils reviennent dans ces catalogues :

  • la faîtière demi-ronde, en forme de demi-cylindre, la plus répandue sur les toits en terre cuite ;
  • la faîtière angulaire, à deux pans droits formant un angle, qui accompagne les tuiles plates ou d'aspect plat ;
  • la faîtière losangée ou décorative, que l'on trouve sur certaines gammes régionales.

Sur une maison ancienne, on reprend le profil existant. Ailleurs, le couvreur part de la référence de la tuile du versant : mélanger des marques expose à des emboîtements qui ferment mal et à des écarts de teinte.

2. Faîtière à emboîtement ou simple recouvrement

Les faîtières modernes se présentent presque toutes à emboîtement : un côté porte un rebord qui s'engage sous la pièce suivante, ce qui guide la pose et améliore l'étanchéité du joint. La notice Elos pour les closoirs souples ventilés rappelle que le faîtage à sec avec closoir ventilé se réalise justement avec des faîtières à emboîtement, ventilées ou assurant elles-mêmes la ventilation.

Les pièces sans emboîtement, comme l'arêtier dit « tige de botte » du catalogue Edilians, se posent par simple recouvrement, l'une chevauchant l'autre. On les rencontre surtout en rénovation de bâtiments anciens ou sur des toitures traditionnelles où elles sont scellées.

3. Combien de tuiles faîtières par mètre de faîtage

Le nombre de faîtières dépend de leur longueur utile, que chaque fabricant indique en pièces par mètre linéaire. Les valeurs relevées dans la documentation Edilians 2021 montrent que l'écart entre modèles est réel :

Pièce (catalogue Edilians 2021)Quantité indiquée
Faîtière demi-ronde à emboîtement, grand modèle2,5 par mètre
Faîtière demi-ronde à emboîtement, petit modèle3 par mètre
Faîtière angulaire à emboîtement3 par mètre
Arêtier « tige de botte » sans emboîtement4 par mètre

Pour un faîtage de 10 mètres, un modèle à 2,5 pièces par mètre demande donc 25 faîtières, un modèle à 3 pièces en demande 30. Il faut ajouter les pièces d'extrémité (abouts), les rencontres éventuelles et quelques unités de réserve pour la casse et les coupes.

Cette quantité permet de vérifier la ligne « faîtage » d'un devis de couverture : un nombre de pièces sans rapport avec la longueur du toit mérite une question au couvreur.

Gros plan sur des tuiles galbées en terre cuite orange posées en rangs qui se recouvrent

4. Le faîtage scellé au mortier, méthode traditionnelle

Pendant longtemps, la tuile faîtière a été posée sur un lit de mortier qui remplissait le vide entre le dernier rang de tuiles et la faîtière. On appelle embarrures ces bourrelets de mortier visibles de part et d'autre de la ligne de faîtage. Cette technique reste courante sur les toitures en tuiles canal et dans la restauration de bâti ancien, où elle fait partie de l'aspect d'origine.

Ses limites : le mortier, rigide, suit mal les mouvements de la charpente et finit par se fissurer ; il ferme aussi le sommet du toit, ce qui bloque la sortie de l'air de la sous-toiture. Sur un toit isolé, cette ventilation compte, comme le rappelle le chantier d'isolation des combles où la circulation d'air sous la couverture conditionne la tenue de l'isolant.

La réfection consiste à déposer les faîtières, purger l'ancien mortier et reposer, à l'identique ou à sec.

5. Faîtage à sec : lisse, closoir ventilé et fixation

Le faîtage à sec supprime le mortier. La faîtière repose sur une lisse fixée à la charpente, et un closoir ventilé ferme l'espace entre les tuiles et la faîtière tout en laissant passer l'air. La notice Elos décrit les étapes que suit le couvreur :

  • régler la hauteur du bois de rehausse en présentant le closoir : il doit recouvrir correctement le dernier rang de tuiles tout en permettant la ventilation ;
  • laisser une distance de 1 cm entre le dernier rang de tuiles et la lisse ;
  • poser par temps sec, entre +5 °C et +40 °C, pour que les bandes adhésives en butyle adhèrent ;
  • faire chevaucher chaque longueur de closoir de 5 cm sur la précédente et la fixer tous les 30 cm par agrafes ou clous ;
  • maroufler les bavettes du sommet du galbe de la tuile vers son creux, avec un recouvrement de 10 cm sur la tuile, ou 8 cm dans le creux d'onde des tuiles galbées.

Le closoir n'est pas universel. La notice précise qu'il doit être adapté à la tuile sur laquelle il est posé, selon sa classe de galbe, de G0 pour les tuiles quasiment plates à G3 pour les plus galbées. Les documentations Edilians renvoient au référentiel de certification QB « closoirs ventilés » pour ce choix.

La faîtière se fixe ensuite par vis ou par clips de faîtière adaptés, ou par le crochet que le fabricant associe à chaque modèle : la documentation Edilians désigne par exemple des crochets distincts selon qu'il s'agit d'une demi-ronde grand modèle, d'une angulaire ou d'une petite demi-ronde. C'est cette fixation mécanique qui tient la pièce face au vent, là où le mortier ne faisait que la caler.

Ventilation et sorties de toit

Le faîtage ventilé fonctionne avec les entrées d'air en partie basse de la toiture : l'air entre sous les tuiles près de l'égout et ressort au sommet. Les autres traversées de la couverture, comme une sortie de toiture de VMC, sont traitées à part, avec leurs propres accessoires d'étanchéité, et ne remplacent pas la ventilation du faîtage.

6. Le sens de pose se règle sur les vents dominants

Une ligne de faîtières n'est pas symétrique : chaque pièce recouvre la suivante d'un côté. La notice Elos indique que le recouvrement des faîtières se fait dans le sens opposé à celui des vents dominants, et que la pose du closoir de faîtage commence par l'extrémité opposée à ces vents. L'objectif est que le vent glisse sur les joints au lieu de s'engouffrer dessous et de pousser la pluie vers l'intérieur.

Ces vents varient d'une région, voire d'une parcelle, à l'autre. Sur un faîtage qui fuit toujours du même côté, une pose à contresens fait partie des causes à vérifier.

Vieille toiture en tuiles courbes grises envahie de mousse, avec des tuiles cassées et des débris

7. Les pièces de finition : abouts, rencontres et poinçon

Une ligne de faîtage ne s'arrête pas sur une faîtière ouverte. Les catalogues prévoient des abouts, pièces fermées à une extrémité, déclinés en demi-rond, angulaire ou à emboîtement pour correspondre à chaque profil de faîtière ou d'arêtier.

Sur les toits à croupes ou en L, plusieurs lignes se rejoignent au même point. La documentation Edilians propose des rencontres porte-poinçon à trois ou quatre ouvertures, rondes ou angulaires selon le profil, qui raccordent le faîtage et les arêtiers. Elles peuvent recevoir un poinçon, l'ornement vertical qui coiffe certains sommets de croupe.

La notice Elos détaille aussi l'ordre de pose : les closoirs d'arêtier se posent avant ceux du faîtage, et le closoir de faîtage recouvre celui de l'arêtier sur toute sa largeur. À la rencontre entre un arêtier et une noue, sur une toiture en L, le closoir dépasse d'au moins 10 cm au-delà de la lisse pour recouvrir la tête de noue.

8. Entretien et remplacement d'une faîtière abîmée

La notice Elos rappelle que l'entretien des closoirs revient au maître d'ouvrage, c'est-à-dire au propriétaire, et s'inscrit dans l'entretien général de la couverture : enlèvement des mousses, bon fonctionnement des gouttières et descentes, état du support et de sa ventilation. Elle recommande de vérifier les closoirs régulièrement, en particulier après une tempête ou de forts vents, et de les recoller ou de les remplacer si besoin.

Depuis le sol, avec des jumelles, le propriétaire peut repérer :

  • une faîtière déplacée, fendue ou manquante ;
  • un alignement rompu sur la ligne de faîtage ;
  • des morceaux de mortier ou de tuile dans la gouttière ou au pied du mur ;
  • une bavette de closoir décollée qui bat au vent ;
  • une tache d'humidité au plafond sous le faîtage, visible depuis les combles.

Le remplacement d'une faîtière, même isolée, demande de monter sur le toit, de circuler sur une couverture glissante et parfois de démonter plusieurs pièces voisines. C'est un travail en hauteur à confier à un couvreur, équipé de protections contre les chutes. Avant de signer, demander un devis détaillé qui précise le modèle de faîtière, le mode de pose (scellé ou à sec), le type de closoir et la fixation ; la check-list pour préparer ses travaux aide à comparer plusieurs propositions point par point.

Questions fréquentes

Faîtière et faîtage, est-ce la même chose ?

Non : le faîtage est la ligne haute du toit, la faîtière la tuile qui la recouvre. Par extension, « faîtage » désigne aussi l'ensemble lisse, closoir et faîtières.

Faut-il sceller une tuile faîtière au mortier ?

Pas forcément. Le scellement reste utilisé sur les tuiles canal et en restauration de bâti ancien. Sur la plupart des tuiles à emboîtement, les fabricants prévoient une pose à sec sur closoir ventilé, avec fixation par vis, clips ou crochets, qui laisse respirer la sous-toiture.

Combien de faîtières faut-il pour un toit ?

On multiplie la longueur du faîtage par le nombre de pièces au mètre donné par le fabricant, souvent 2,5 ou 3 selon le modèle d'après la documentation Edilians, puis on ajoute les abouts, les rencontres et une petite réserve.

Dans quel sens poser les tuiles faîtières ?

Le recouvrement se fait dans le sens opposé aux vents dominants, et la pose commence par l'extrémité opposée à ces vents, selon la notice Elos. Les joints tournent ainsi le dos au vent.

Une faîtière fêlée peut-elle provoquer une fuite ?

Oui. Une fissure ou une pièce déchaussée laisse passer l'eau directement au sommet de la charpente. Une trace d'humidité sous le faîtage, visible depuis les combles, justifie une visite rapide d'un professionnel.

Sources et références

  • Edilians (fabricant de tuiles), documentation tuiles à emboîtement petit moule 2021 — edilians.com
  • Elos (fabricant de closoirs), notice de mise en œuvre des closoirs souples ventilés aluminium et polypropylène — cdn.chausson.fr